| Accueil | Nouveautés | Agenda | Contact |

< Mémoire du village

Campagnes

de pêche


 

 

À la mort de son père, Jacky POUGET quitta la champignonière où il travaillait en famille. Il avait 16 ans et choisit d'être pêcheur, métier qu'il effectua pendant 50 ans.

En ce temps là, pour pouvoir être patron à son tour, on devait faire trois ans embarqué sur un navire déjà en règle avec l'administration maritime. En 1950, il y avait 350 pêcheurs sur l'estuaire dont une dizaine à Gauriac et près de trente entre Bourg et Blaye. Maintenant il n'en reste plus que 41. La drague qui, dans les années 70 ramassait du gravier au fond du fleuve, a tué beaucoup d'œufs et d'alevins.

Tous les pêcheurs avaient des yoles, conçues surtout pour la pêche à l'esturgeon et aux maigres. C'était des bateaux en bois, artisanaux. A Gauriac, ils étaient construits par les chantiers Léglise à Bayon. Plus tard, ils s'en construisit en plastique, mais Léglise a longtemps refusé de s'y mettre. Ils étaient plus faciles d'entretien, mais, comme les pêcheurs dormaient à bord des navires, la construction en bois, matière noble, était plus saine et confortable et plus sécurisante dans le mauvais temps.

Les pêcheurs naviguaient au moteur, parfois à la voile pour économiser l'essence. Marcel, le frère de Jacky, n'a jamais eu de moteur, il naviguait à la voile ou à l'aviron.

Les filets étaient faits à la main, avec des mailles assez grosses pour respecter le poisson. C'étaient des filets sélectifs, différents pour l'alose, l'esturgeon etc.. " À l'époque, dit Jacky Pouget, nous pêchions avec des filets de 130 m de long et 2,50 m de hauteur. Actuellement, les 800 m autorisés sur 8 à 10 m de haut, sont une honte en estuaire, d'autant plus que les engins actuels sont dix fois plus performants qu'autrefois. C'est comme pour les pibales, elles se pêchaient avec un tamis à main d'un mètre. Maintenant, le matériel est impressionnant, les filets font 14 m, et il n'y a presque plus d'anguilles adultes dans la Gironde. "

Il y avait plusieurs campagnes de pêche. Celle du maigre commençait le 15 juin et durait deux mois et demi. Jacky Pouget partait à Meschers en bateau (seul Jean Magot avait une voiture pour y aller.) Il vivait à bord. Le port n'existait pas encore, il n'y avait qu'un chenal comme à Roque de Thau. Ils étaient plus de 50 bateaux à Meschers ou à Talmont et il se pêchait 3 à 4 tonnes de poissons qui partaient pour Rungis.

Thérèse, la sœur de Jacky intervient encore émue : " Vous n'avez jamais entendu les "maigrats" arriver !" et Jacky Pouget raconte. " On les chassait au son. Vers 4 ou 5 heures de l'après-midi, les poissons chantent (après le coucher du soleil, c'est fini.). Tous les bateaux sont sur l'eau, immobiles, silencieux, tout le monde écoute, cherche… Chacun a sa méthode. Quand on les a trouvés, on les accourse. " Jacky et son copain, les entendaient toujours les premiers, question d'oreille.

On pêchait aussi l'esturgeon. Entre Blaye et Bourg, il y avait 30 pêcheurs. Le poisson devait mesurer au moins 1 m 45.

Une princesse russe de passage à Saint Seurin d'Uzet, voyant les pêcheurs jeter les œufs des esturgeons, leur apprit à faire du caviar. Madame Magot avait une usine de caviar à Gauriac. En 1958, avec trois autres pêcheurs, Jacky Pouget avait pris pour 500 kilos de caviar. Il se vendait alors 23 F le kg. Le caviar se pesait dans des paniers de vendangeurs.

Il y avait aussi l'alose. Tout le monde connaît ici la pêche à l'alose. Elle dure environ un mois, et dépend de la marée. Il fallait parfois pêcher la nuit pour ne pas "rater" la marée. Monsieur et Madame POUGET vendaient eux-mêmes leurs aloses.

Aujourd'hui, s'il raconte sa vie avec beaucoup de passion et de plaisir, il ne regrette pas d'avoir quitté la profession où l'ambiance n'est plus du tout la même qu'autrefois.

Odile MADRIAS
Avec tous mes remerciements à Jacky POUGET et Thérèse BELAIR

| Haut de page | Accueil | Mairie | Découverte | Vie locale |