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Le Frisco


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Le long de la route qui longe la Gironde, à Furt, près du restaurant, une épave dépasse de l'eau, même à maré haute. Il faut l'avoir vue un petit matin d'automne, quand elle se détache dans la brume qui recouvre à la fois l'île, l'eau et la route.

Le Frisco, bâteau fantôme, garde le secret de son histoire. Il est là depuis 26 août 1944, date de son sabordage par la marine allemande.

Trois gauriacais nous racontent
cet événement.

René LEPAS

Il avait alors 18 ans.
Les faits, comme il les a vécus

Ce jour là, le Frisco, un pétrolier italien, faisait escale au dépôt de Furt, pour y remplir ses soutes. À la nuit tombée la résistance s'empara sans difficultés de l'équipage qui fut emmené dans la commune voisine de Comps, où le commandant CAILLEUX, qui dirigeait ce groupe de FFI, avait une propriété.

Je n'ai connu cet événement que le lendemain matin. Du même coup j'apprenais que le groupe, de FFI dont faisait partie entre autres Raymond GENTET, Jean DEJEAN et Raymond MAGNEN, était posté au "Chêne vert", qui domine Furt, pour surveiller le bateau. J'avais dix huit ans à l'époque et je décidais de les rejoindre pour leur porter à boire. Je restais avec eux une partie de la matinée.

L'épave, peu après le sabordage

Les allemands qui commençaient à se faire discrets sur la terre ferme, tenaient encore assez bien l'estuaire grâce à leur marine. Un bateau allemand, je pense que c'était un contre-torpilleur, se présenta à vitesse réduite. Il avait repéré le Frisco, sans équipage, amarré au caisson de Furt. Coincé dans l'étroit chenal de navigation qui longe l'île Verte il ne pouvait pas s'approcher du bateau vide. On le vit mettre à l'eau une embarcation avec quelques hommes à bord qui eurent tôt fait de rejoindre le pétrolier. Nous avons vite compris leur mission, ils étaient venus couler le navire.

Sur le pont du Frisco, les marins allemands étaient à portée de tir des FFI, postés juste au dessus. Fallait-il tirer pour pouvoir récupérer le Frisco tout en éliminant quelques allemands, ou ne pas tirer évitant ainsi la canonnade de riposte du contre-torpilleur sur Gauriac. Je me souviens d'une discussion serrée. Finalement l'avis du commandant Cailleux l'a emporté les FFI n'ont pas tiré. Le Frisco a coulé. Son épave est toujours là.

Propos recueillis par Raymond RODRIGUEZ
Le Journal de Gauriac (n° 23 - mars 1995)

André JOLIT

Lieutenant Colonel - Chef de la Résistance dans le Blayais
Les faits, tels qu'ils se sont vraiment passés

Un fait de résistance parmi bien d'autres, a été diversement interprété et mérite sa relation sous forme de mise au point. Il s'agit du cargo Frisco coulé pendant la guerre et dont l'épave demeure au droit, du lieu-dit Furt, en bordure de la Gironde, dans la commune de Gauriac.

Pendant l'occupation de 1940-44, les allemands ont pris différentes mesures pour interdire l'accès éventuel du littoral et de l'estuaire aux alliés, au moyen de blockhaus et de champs de mines le long du littoral et par la mise en place de bateaux désaffectés à chaque estacade ou appontement dans l'estuaire. Ces derniers, sans grand intérêt stratégique (gardés sommairement), devaient en cas d'invasion être sabordés sur place interdisant toute utilisation des installations portuaires par les alliés.

Ces mesures, entrant dans un plan plus élaboré établi par les allemands, étaient connues de la Résistance et des contre-mesures étudiées à chaque niveau de responsabilité locale. Pour le Blayais le cargo Estonien ou Lithuanien Frisco entrait dans ce contexte. Le Chef de la Résistance pour le Blayais (Corps Franc Marc), informé de cette situation, avait prévu des dispositions particulières devant être exécutées par le groupe local de Résistance. C'est pourquoi le groupe de Gauriac commandé par Jean Labadie avait reçu l'ordre de capturer les quatre ou cinq italiens gardant le bateau et de larguer les amarres du Frisco, afin que ce dernier rende libre l'estacade en bois du dépôt de carburant de Furt et aille échouer plus loin.

Monsieur Jean Labadie avait parfaitement compris les raisons de cette opération qui a priori pouvait paraître pour le moins surprenante. Il devait l'exécuter dès qu'il en recevait l'ordre.

Cet ordre ne venant pas du fait de la mise hors de combat du chef de la Résistance (à Berson, le 19 août 1944) et de la méconnaissance par les successeurs de tous les plans et opérations prévues soigneusement.

Monsieur Jean Labadie, voyant partir les allemands, a pris l'initiative d'exécuter l'ordre reçu avec son groupe.

L'« équipage», ou plutôt les gardiens se sont rendus sans difficulté et le groupe se préparait à libérer le cargo de ses attaches, comme l'ordre le précisait, quand arrive sur le terrain revêtu de son uniforme (sorti pour la circonstance) le Commandant Cailleux, faisant grand tapage et prenant pour une initiative malheureuse ce qui n'était qu'un ordre formel et réfléchi.

Malgré les explications du responsable Jean Labadie, le commandant faisant preuve d'une autorité dont il n'était nullement investi, donnait l'ordre de garder ce cargo " qui serait une prise pour la France ". Après quelques hésitations et réflexions, le groupe de Gauriac obtempérait et le bateau restait attaché.

Ce qui devait arriver arriva et la marine allemande, en exécution des plans prévus, venait saborder le cargo de Bourg-sur-Gironde et le Frisco à Furt.

Fin août 1944, le groupe de Gauriac, ne pouvant affronter un navire de guerre, a assisté impuissant à ce sabordage.

Depuis, cette épave interdisant tout accostage important à ce dépôt, est en partie responsable de sa fermeture.

La relation ci-dessus reflète la réalité sur cette affaire très simple, dont l'exécution a été contrariée par l'intervention inopportune d'un tiers, peu au fait des intentions et actions de la Résistance.


André JOLIT
L'Estuarien (n° 2 - septembre 2002
Le Journal de Gauriac (n°61 - juillet 2004
)

René COUTEAU

Un acteur
Ma journée du 27 aout 1944

Le 25 août, je greffais des pêchers chez M. SOUFFRON à Plisseau, commune de BAYON.
M. VIDEAU, un voisin (j'appris plus tard qu'il était délégué du PCF sur le secteur), me propose de prendre l'apéritif avec lui, ayant besoin de me voir. Nous avons discuté un moment et il me confirme qu'il a absolument besoin de moi.
" Les Allemands veulent faire sauter le pétrolier à Furt le 27 ; il faut que tu transportes sur ton vélo un fusil mitrailleur jusque sur la crête dominant le fleuve en amont du château Poyanne. "
Il s'agissait, partant de Plisseau, de passer par Serquin, le Chemin de la Vierge, le Chemin de la Mayanne jusqu'à Poyanne avec le vélo chargé du fusil mitrailleur ! Je suivrai la route accompagné du chef boulanger de la boulangerie ARNAUDIN.
Le 27, sur place de bonne heure, nous attendions l'arrivée des Allemands. Nous dominions le pétrolier. Vers 10h30, un bateau monté par 5 Allemands et armé d'une mitrailleuse, s'est avancé, ils venaient de couler le pétrolier à Bourg sur Gironde. Nous avons ouvert le feu, le fusil mitrailleur s'est enrayé, les Allemands se sont couchés dans le bateau, un s'est mis à la mitraillette.

Nous nous sommes tapis sous les arbres. Les Allemands sont descendus sur le pétrolier. Nous avons quitté les lieux en rampant dans les vignes, laissant le fusil mitrailleur dans un puits d'aération de carrière.

De retour à la maison, une heure après, vers midi, une lourde explosion retentit, le pétrolier s'est enfoncé dans le fleuve.

Propos recueillis par jean-Guy BERTAUD
Le Journal de Gauriac (n° 62 - juillet 2004)

Chronologie des événements


Sous le titre " GAURIAC L'activité des F.F.I. " le journal La petite Gironde a publié, en septembre 1944 semble t-il, la chronologie suivante :
" Le 22 août, à 8h, occupation du chantier allemand de Roque de Thau, protection contre les pillards.
Le 22 août, à 22h, prise du bateau citerne italien "Frisco". Quatre prisonniers allemands dont le commandant.
Le 23 août, protection de l'estacade de Furt, la seule intacte de la région.
Depuis le 23 août, opérations quotidiennes de police, patrouilles, amélioration du ravitaillement, lutte contre le marché noir.
Le 3 septembre, organisation d'une cérémonie patriotique impeccable au monument aux morts et à la mairie. "

Ce court article ne fait pas mention du sabordage qui a eu lieu le 26 août. De plus le Frisco n'était pas italien mais lithuanien ou estonien et l'équipage n'était pas allemand mais italien.

Ultime demande de renflouement en 1981

Sur le registre Conseil Municipal, on peut lire à la date du 30 avril 1981

Le Conseil Municipal, demande avec insistance à Monsieur le Préfet de la Gironde d'examiner la possibilité de faire enlever l'épave du Frisco au lieu-dit Furt, commune de Gauriac. Bateau que les allemands ont fait sauter durant la guerre de 1939-45. De ce fait le port de Marmisson est paralysé. Cet obststacle fait barrage, détourne les courants et fait s'envaser le port. Les pêcheurs professionnels ne peuvent plus débarquer le produit de leur pêche.

Si cette épave était enlevée, le désenvasement se ferait naturellement par la reconstitution des courants.

À ce moment, la commune pourrait faire réparer l'ancienne estacade qui servirait :
1. pour nos pêcheurs professionnels ;
2. pour le tourisme fluvial, très actif dans l'estuaire, en bordure de la Route Verte.

Quelques semaines plus tard, la Préfecture fit savoir qu'elle n'envisageait pas l'enlèvement de l'épave, jugeant l'opération trop coûteuse.

Ce fut l'ultime demande d'enlèvement. L'épave du Frisco fait désormais partie du paysage. C'est une curiosité touristique, un perchoir pour les oiseaux marins et un refuge pour la faune aquatique.

La rouille et le temps font leur œuvre. Au début des années 1990 la mât arrière s'est couché.

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